Par Alexander & Shynar Lindemann de LINDEMANNLAW pour TND Universe
Peu de pays peuvent rivaliser avec la Suisse en termes de stabilité politique, de solidité monétaire, d’infrastructure bancaire et d’État de droit. Pour les particuliers fortunés et les family offices, l’immobilier suisse est rarement une question de rendement, mais plutôt de positionnement : il s’agit d’une réserve de valeur en monnaie forte, hautement protégée, s’appuyant sur l’un des registres fonciers les plus fiables au monde. Mais c’est aussi un marché soumis à l’un des régimes d’acquisition étrangère les plus stricts d’Europe, et ce régime fait actuellement l’objet d’une révision politique.
Pour les investisseurs internationaux et les family offices qui envisagent d'investir dans l'immobilier suisse, voici ce qui compte vraiment en 2026.
Un système de droit civil fondé sur le fédéralisme cantonal
La Suisse est une juridiction de droit civil, dont la plupart des règles sont codifiées au niveau fédéral — notamment le Code civil et le Code des obligations — mais qui présente des variations importantes au niveau cantonal pour des questions telles que le zonage, la fiscalité, les frais de transfert et la pratique notariale. Les transferts immobiliers et les sûretés réelles sont régis par le droit fédéral, tandis que les cantons réglementent le processus de transfert de propriété, les frais et, dans certains cas, les droits de mutation supplémentaires.
La pierre angulaire de la sécurité des titres de propriété en Suisse est le registre foncier public, qui jouit de la foi publique : un acquéreur de bonne foi peut se fier aux inscriptions, et la protection de la bonne foi est solide. Les recherches de titres et l’assurance titre — courantes dans de nombreuses autres juridictions — sont donc généralement inutiles. La propriété ne se transfère qu'après l'enregistrement, et les cédules hypothécaires (Schuldbriefe) prennent effet à compter de la date d'enregistrement. Le transfert de biens immobiliers doit être effectué par un acte notarié dans le canton où le bien est situé, et la certification notariale doit être rédigée dans la langue officielle de ce canton.
Cette combinaison — substance fédérale codifiée, rigueur procédurale cantonale et régime de titres fondé sur le registre — produit des résultats transactionnels prévisibles, bien documentés et difficiles à contester a posteriori.
Lex Koller : la première question pour tout acheteur étranger — et un point d'attention politique
Le point le plus important pour les investisseurs non résidents est la loi fédérale sur l'acquisition d'immeubles par des personnes à l'étranger — communément appelée Lex Koller.
La Lex Koller restreint l'acquisition par des étrangers de biens immobiliers non commerciaux, c'est-à-dire les biens résidentiels, les terrains non bâtis non destinés à un usage commercial, les biens utilisés par les autorités publiques et les bâtiments vacants de manière permanente. Dans la pratique, les particuliers étrangers sont largement exclus de l'acquisition de biens résidentiels, à une exception notable près : les résidences secondaires dans les communes touristiques autorisées, sous réserve des quotas cantonaux.
Deux autres nuances sont importantes :
Le champ d'application est large. Une personne morale dont le siège social est situé hors de Suisse est automatiquement considérée comme « étrangère », quelle que soit l'entité qui la contrôle. Les entités domiciliées en Suisse sont également traitées comme étrangères si elles sont contrôlées par des intérêts étrangers — ce qui est évalué sur une base économique à travers la chaîne de propriété et de financement. Les ressortissants de l'UE/AELE sont traités comme des Suisses s'ils résident à la fois légalement et effectivement en Suisse ; les ressortissants hors UE/AELE doivent disposer d'un permis de séjour C suisse.
Les biens à usage mixte ne sont autorisés que lorsque la partie résidentielle est clairement subordonnée (par exemple, un appartement de concierge dans un immeuble de bureaux) ou lorsque le plan d'aménagement prévoit une part résidentielle ne dépassant pas 50 %.
L'immobilier commercial — les biens utilisés de manière permanente à des fins commerciales — n'est pas soumis aux restrictions de la Lex Koller et peut être librement acquis par des investisseurs étrangers, sous réserve des règles transactionnelles standard.
Point d'attention politique pour 2026 : la Lex Koller fait actuellement l'objet d'un réexamen approfondi. La motion 24.3961 (Renforcement de la Lex Koller, septembre 2024) propose un durcissement général, et le 21 mars 2025, le Conseil fédéral a annoncé un paquet de « mesures d'accompagnement » lié à une initiative populaire visant à plafonner la population suisse à 10 millions d'habitants. Ces deux propositions pourraient renforcer les contrôles sur le segment des résidences secondaires et, potentiellement, sur le segment commercial. Fin 2025, aucune n’avait encore été adoptée — mais les investisseurs étrangers devraient tenir compte du risque de règles plus strictes et d’une surveillance plus intrusive, en particulier pour les propriétés de villégiature, les résidences secondaires et les structures bénéficiant d’un financement étranger important.
Pas de contrôle des changes — mais une retenue à la source de 35 % et une véritable discipline en matière de lutte contre le blanchiment d'argent
La Suisse n'impose aucune restriction de contrôle des changes aux investisseurs immobiliers étrangers. Les fonds peuvent être transférés vers l'intérieur et l'extérieur du pays et convertis aux conditions du marché.
Deux réalités en matière de conformité méritent toutefois une attention particulière :
Les institutions financières suisses appliquent des mesures rigoureuses de lutte contre le blanchiment d’argent (AML), de connaissance du client (KYC) et de vérification de l’origine des fonds, conformément à la loi fédérale sur la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Pour les structures internationales complexes, cela doit constituer un axe de travail parallèle dès le premier jour.
Les dividendes et les produits de liquidation distribués par une société suisse sont soumis à une retenue à la source fédérale de 35 %, récupérable en tout ou en partie en vertu de la convention de double imposition applicable. Cela influence les décisions de structuration des investisseurs transfrontaliers et doit être pris en compte avant le choix de la structure de holding.
Choisir la bonne structure de holding
L'immobilier suisse est le plus souvent détenu soit directement par une entité étrangère, soit par l'intermédiaire d'une entité suisse à responsabilité limitée — généralement une Aktiengesellschaft (AG/SA) ou une Gesellschaft mit beschränkter Haftung (GmbH/Sàrl). Ces deux formes offrent une protection totale en matière de responsabilité limitée.
La détention directe par une entité étrangère peut être fiscalement avantageuse, car les distributions hors de Suisse ne déclenchent pas de retenue à la source suisse. Une entité suisse, en revanche, simplifie souvent les frictions transactionnelles : les banques, notaires et contreparties suisses préfèrent traiter avec une entité constituée localement, et l’enregistrement, le financement et la gestion courante s’effectuent plus facilement.
Une nuance juridictionnelle utile pour les investisseurs basés aux États-Unis : une GmbH suisse est souvent classée comme une entité transparente (pass-through) aux fins de l'impôt fédéral américain si l'investisseur en fait le choix — ce qui fait de la GmbH un véhicule de prédilection pour les family offices américains.
Il convient également de noter que depuis janvier 2025, les récentes révisions du Code des obligations et les modifications apportées à la loi sur la poursuite pour dettes et la faillite ont renforcé les obligations des administrateurs en matière de surveillance de la liquidité et de réaction rapide face à un surendettement potentiel. Les conseils d'administration des SPV suisses détenant des biens immobiliers doivent intervenir rapidement en cas de resserrement de la liquidité — une amélioration significative de la gouvernance pour les structures transfrontalières.
Le processus d'acquisition en bref
Une transaction typique en Suisse est concise. Le contrat de vente doit être authentifié par un notaire dans le canton où se trouve le bien immobilier et n’est pas juridiquement contraignant avant cette étape — ce qui rend les accords de réservation précontractuels (pour les biens résidentiels, avec des frais de réservation généralement compris entre 20 000 et 50 000 CHF) peu exécutoires. Dans les transactions commerciales, la signature et la clôture ont souvent lieu le même jour, le prix d'achat étant acheminé via le compte séquestre du notaire ou un engagement de paiement d'une banque suisse.
Les frais de transfert de propriété — frais de notaire, frais d'enregistrement foncier et, dans certains cantons, droits de mutation — peuvent atteindre environ 3,5 % du prix d'achat, la répartition cantonale entre l'acheteur et le vendeur variant. Les contrats de vente sont généralement standardisés et concis, les garanties légales sont systématiquement exclues, et les parties s'appuient plutôt sur un ensemble ciblé de déclarations couvrant les privilèges, les litiges, les questions environnementales et l'exactitude des baux.
Financement : axé sur les cédules hypothécaires, prudent, dominé par les banques
Le financement immobilier en Suisse s’articule autour de la cession hypothécaire (Schuldbrief), inscrite au registre foncier soit sous forme papier, soit — de plus en plus souvent — sous forme de cession hypothécaire enregistrée. Les cessions hypothécaires incarnent à la fois la créance garantie et le privilège ; elles sont transférables et peuvent être réutilisées comme garantie lors d’un refinancement, ce qui évite les frais cantonaux élevés liés à l’émission de nouvelles cessions.
Les prêteurs étrangers peuvent, en principe, prêter en Suisse sans licence suisse, à condition de ne disposer ni d’infrastructure ni de personnel en Suisse. Point fiscal essentiel : les intérêts versés par un emprunteur suisse sur un prêt garanti par un bien immobilier suisse sont soumis à une retenue à la source d’environ 13 % à 33 % selon
LINDEMANNLAW est un cabinet d'avocats suisse qui conseille des milliardaires du classement Forbes, des investisseurs internationaux, des family offices et des entrepreneurs en matière d'immobilier transfrontalier, de structuration et de solutions patrimoniales. Alexander et Shynar Lindemann sont les associés fondateurs de TND Universe.


