Concevoir des lieux où nous aurons vraiment envie de vivre

La Suisse s'apprête à franchir la barre des dix millions d'habitants. Les métropoles mondiales gagnent l'équivalent d'un nouveau Paris tous les quelques mois. Le territoire, lui, ne s'étend pas. Ses vallées, ses versants alpins, ses campagnes en activité sont limités et irremplaçables. Il va falloir faire des concessions.

Pendant la majeure partie du XXe siècle, ce sont la rue, les champs et le temps qui ont fait la loi. L'étalement urbain a grignoté les terres agricoles. Les infrastructures routières ont accaparé plus de la moitié de l'espace urbain. Les trajets domicile-travail se sont allongés. La croissance s'est traduite par davantage d'embouteillages, de coûts et de consommation d'énergie. Et il s'est avéré pratiquement impossible d'inverser la tendance.

Une ville du futur, réaliste compte tenu des technologies actuelles, créée à l'aide de l'IA


40 %

La consommation énergétique totale de la Suisse est en grande partie imputable aux seuls bâtiments.

La dépendance à la voiture rend les rues peu accueillantes pour les enfants, les cyclistes et les personnes âgées. Le zonage génère de la circulation par sa conception même : des zones résidentielles par-ci, des zones commerciales par-là, rien à proximité. Les espaces verts sont relégués en périphérie, accessibles uniquement à ceux qui ont le temps et un moyen de transport.


Ces tendances s'accumulent :

  • A car-built city cannot easily become a people-built one.
  • A single-use district cannot easily become mixed.
  • Fossil energy systems resist conversion.
  • Decisions made today will be lived with for fifty to a hundred years.

Le débat autour de tout cela s'intensifie. Mais il perd aussi de son intérêt. Les arguments deviennent de plus en plus émotionnels, de plus en plus extrêmes. Ils ont toutefois un point faible commun : ils ne portent que sur le présent. Ce qui manque, c'est une réflexion sérieuse sur ce à quoi la vie pourrait réellement ressembler.

De Lugano à Zurich en quelques minutes. Tout ce dont vous avez besoin à moins de cinq minutes à pied. Un bâtiment qui produit plus d'énergie qu'il n'en consomme. Tout cela n'est pas de la spéculation. C'est déjà en cours de construction. La seule question est de savoir si les lieux où vit la majorité de la population rattraperont leur retard avant que les décisions ne soient définitivement prises.


C'est ce que nous entendons par « développement urbain du futur ». Quatre disciplines qui sont généralement abordées séparément : l'aménagement du territoire, l'architecture durable, la mobilité du futur et la ville des 15 minutes. Chacune apporte une réelle valeur ajoutée en soi. Ensemble, elles apportent une réponse à la question centrale des décennies à venir : à quoi devrait réellement ressembler un espace de vie ?

  1. Spatial & Structural Planning (Quartierplanung). Where life can happen. New densities, new mix of uses, and brownfield before greenfield.
  2. Green & sustainable architecture. Buildings that give back more than they take. Plus-energy, integrated greenery, circular construction.
  3. Future mobility. Streets back to people. Freight underground. Distance compressed through new technology.
  4. The 15-minute city. Work, school, care, shopping, leisure: all within a short walk or cycle, for everyone.


1. Aménagement du territoire et urbanisme (planification de quartier) : le cadre sur lequel tout repose

Avant même qu’un seul bâtiment ne voie le jour, c’est la structure d’un quartier qui détermine s’il sera un jour animé. La clé : redynamiser les terrains sous-utilisés. Créer des quartiers structurés et à usage mixte. Laisser la croissance insuffler de la vie sans empiéter sur le paysage.


Greencity Manegg, Zurich

Le premier quartier certifié de 2 000 watts en Suisse. Huit hectares d'anciens terrains industriels, sur le site de l'ancienne papeterie de la Sihl, ont été transformés en un complexe à usage mixte de 160 000 m². Le système énergétique fonctionne à 100 % à partir d'énergies renouvelables. Cela permet d'économiser environ 1 900 tonnes de CO₂ par an. Le dernier bâtiment sera achevé en 2026.


HafenCity, Hambourg

Hambourg agrandit son centre-ville de 40 % sur 157 hectares d'anciens terrains portuaires. Aucune zone vierge n'est mobilisée. Le plan d'aménagement mélange délibérément les usages : environ un tiers des logements sont subventionnés par les pouvoirs publics. 16 000 habitants et 45 000 emplois sont prévus. Il s'agit du plus grand projet d'aménagement urbain d'Europe.

HafenCity Hambourg, photo : Hauke Dressler, [LICENCE], via Wikimedia Commons.


Nordhavn, Copenhague

3,6 millions de m² d'un ancien port industriel, entièrement réaménagé pour accueillir 40 000 habitants et 40 000 emplois. Le premier quartier danois certifié DGNB Platine. Nordhavn ayant été conçu dès le départ comme une « ville des cinq minutes », il est présenté en détail dans la section 4.

Key insight: Growth does not have to eat landscape. Brownfield land, planned well, turns density into an asset.

2. Architecture verte et durable : des bâtiments qui donnent plus qu'ils ne prennent

Il y a ici deux types de « vert ». Le vert énergétique : les bâtiments passifs, les systèmes à énergie positive, la construction circulaire. Le vert visible : les arbres, les plantes et les façades végétalisées en tant qu'éléments de conception structurelle. Les meilleurs projets combinent les deux.


Suurstoffi, Croix-Rouge

Le quartier sans émissions de CO₂ le plus avancé de Suisse. Des logements, des bureaux et un bâtiment universitaire alimentés par un réseau d'anergie : 47 300 mètres de forages géothermiques et des panneaux photovoltaïques installés sur les toits. Pas de chauffage fossile. Pas d'émissions externes. Une preuve de faisabilité opérationnelle, pas un simple projet pilote.

CH.ZG.Rotkreuz, 25 mai 2021, Aglaya-garden-tower Suurstoffi, auteur : Roy Egloff, [LICENCE, par exemple CC BY-SA 4.0], via Wikimedia Commons.


Vauban, Fribourg

La référence européenne en matière d'efficacité énergétique dans le secteur résidentiel. 5 000 habitants. Chaque bâtiment consomme au moins 65 kWh/m²/an. 42 bâtiments de type « maison passive ». Une centaine de logements produisent plus d’énergie qu’ils n’en consomment et revendent le surplus au réseau. Une grande partie a été construite par des groupes de citoyens, en s’appuyant sur la participation comme méthode. Vauban est également l’un des quartiers à faible circulation automobile les plus étudiés d’Europe : 70 % des habitants ne possèdent pas de voiture particulière, et la vie quotidienne s’organise à pied, à vélo et en tramway.

Une façade végétalisée en fleurs sur la Paula-Modersohn-Platz à Fribourg-Vauban, photo : Andreas Schwarzkopf, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

CopenHill / Amager Bakke, Copenhague

Une usine de valorisation énergétique des déchets transformée en espace vert public. En surface : un toit végétalisé de 10 000 m², 300 arbres, 7 000 arbustes, une piste de ski, un sentier de randonnée. En sous-sol : 440 000 tonnes de déchets par an transformées en électricité et en chauffage urbain pour 150 000 foyers. Bâtiment mondial de l'année 2021.

Amager Bakke 2, Photo : Kallerna, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

8 House / 8 Tallet, Copenhague

Le bâtiment polyvalent de 11 étages conçu par BIG, doté d'un toit en sédum incliné de 1 700 m² sur lequel on peut monter à vélo. Le toit se transforme en une voie publique reliant le niveau de la rue aux étages supérieurs. Une infrastructure verte et des voies de circulation publiques conçues comme un tout.

8 House / 8 Tallet, Copenhagen (BIG, 2010): 1,700 m² sedum roof, cyclable to the top. 

Bosco Verticale, Milan, et Trudo Vertical Forest, Eindhoven

Le Bosco Verticale de Stefano Boeri, à Milan, abrite 800 arbres répartis sur deux tours. Un projet de luxe doté d’un effet rafraîchissant mesurable. C’est à Eindhoven que sa véritable promesse prend tout son sens : la Trudo Vertical Forest applique le même concept au logement social. La première forêt verticale accessible à des loyers abordables. L’architecture verte prend tout son sens lorsqu’elle s’inscrit dans une gamme de prix accessible au plus grand nombre.

Forêt verticale, Milan (Boeri, 2014) : 800 arbres.


Kö-Bogen II, Düsseldorf

La plus grande façade végétalisée d'Europe. 30 000 charmes recouvrent l'intégralité de la façade d'un immeuble commercial situé en centre-ville. Réduction de l'effet d'îlot de chaleur. Filtration des particules fines. Solution techniquement et commercialement viable dans un climat d'Europe centrale. Bien plus qu'un simple concept destiné aux villes aux climats plus chauds.


Façade en charme du Kö-Bogen II à Düsseldorf, photo : Tuxyso, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.


Idée clé : les meilleurs bâtiments écologiques ne sont pas des lieux de prestige. Ce sont des infrastructures. Les idées les plus valables sont celles qui s'imposent à des loyers normaux.

3. La mobilité de demain : se réapproprier les rues, réduire les distances

La mobilité s'articule autour de deux aspects. À court terme : qui récupère l'espace occupé par les voitures ? À long terme : à quelle vitesse les lieux éloignés deviennent-ils accessibles ? Ces deux aspects évoluent de front.


Bâle

La preuve la plus flagrante en Suisse qu’une ville historique peut rééquilibrer ses rues. 40 km de pistes cyclables prioritaires. 900 places de stationnement en voirie supprimées. Reconnaissance nationale de la part de CHACOMO, l’alliance suisse pour la mobilité collaborative. Aucun préjudice économique pour le centre-ville.


Cargo Sous Terrain (CST), Zürich to Härkingen

Un tunnel souterrain automatisé dédié au fret. Les poids lourds quittent les autoroutes pour emprunter le sous-sol. Un premier tronçon entre Zurich et Härkingen est prévu vers 2031. L'espace en surface est ainsi libéré pour les piétons. Réduction des émissions sur le dernier kilomètre.


Les superîlots (Superilles), Barcelone

La circulation de transit a été limitée au périmètre extérieur d'un quadrillage de 400 m × 400 m. Résultat : 75 % de l'espace routier a été restitué aux piétons. La circulation automobile a diminué d'un quart à l'échelle de la ville. Dans un quartier, les concentrations de dioxyde d'azote ont baissé d'un tiers en l'espace d'un an. Ce modèle est actuellement étendu à l'ensemble de la ville.

Photo de Logan Armstrong sur Unsplash


Navettes autonomes et robotaxis

Déjà en phase pilote à Zurich, Helsinki et Las Vegas. Pas d'itinéraires fixes. Service à la demande en temps réel. Fonctionnement continu sans frais de personnel de conduite. Pour les zones trop étendues pour être parcourues à pied mais dont la densité de population est trop faible pour justifier une desserte fréquente en bus, ce service comble le vide qui, par le passé, obligeait à posséder une voiture.

Photo de Logan Armstrong sur Unsplash


Swissloop / EuroTube / Hyperloop, Collombey-Muraz

Recherche sur le transport par le vide menée en collaboration avec l'ETH et l'EPFL. Piste d'essai dans le Valais. L'objectif : relier Lugano à Zurich en quelques minutes, et non plus en plusieurs heures. Lorsque les villes ne sont plus qu'à quelques minutes les unes des autres, il n'est plus nécessaire de se presser dans l'une d'entre elles pour se rendre au travail, profiter de la culture ou accéder aux services de santé.

Un Hyperloop suisse, conçu à l'aide de l'IA


Volocopter et Joby : des taxis aériens électriques

Les deux projets sont en cours de certification auprès de la FAA et de l'AESA. Des liaisons commerciales sont prévues pour 2026 dans plusieurs villes européennes. Les aéronefs eVTOL relient les toits et les vertiports d'une même région, en contournant totalement les infrastructures au sol. Cette technologie n'est plus au stade expérimental.

Un taxi aérien au-dessus de Zurich, créé à l'aide de l'IA


Idée clé : la mobilité rend les rues aux citoyens et réduit la distance entre les lieux. Ensemble, ces deux facteurs brisent le lien entre qualité de vie et densité.

4. La ville des 15 minutes : l'objectif qui relie les trois autres

Travail, école, services de proximité, courses, loisirs : tout est accessible à pied ou à vélo, pour tout le monde. Pas seulement pour ceux qui ont les moyens de vivre à proximité. La « ville des 15 minutes » n’est pas une cinquième discipline à part entière. C’est le résultat de la collaboration entre les trois autres.

Mixed-use structure puts destinations close. Green architecture makes the short walk pleasant. Reallocated streets make it safe. Autonomous shuttles close the last mile. Remove any one, and the fifteen minutes stretch back out into a car journey.

Le quartier de Vauban est un quartier piétonnier et sans voiture depuis la fin des années 1990. À Barcelone, les « superblocs » transforment l’espace urbain reconquis en un lieu de vie de quartier propice à la marche. Quant à Nordhavn, à Copenhague, il a été conçu dès le départ comme une « ville des cinq minutes ». Deux de ces exemples sont examinés en détail ici.

Paris

La plus ambitieuse opération de réaménagement d'une ville existante axée sur la proximité. Sous l'impulsion de Carlos Moreno et de la maire Hidalgo : plus de 300 rues piétonnes. 1 000 km de pistes cyclables dans le cadre du Plan Vélo. La rue de Rivoli piétonnisée. Tous les arrondissements concernés. Une capitale dense et historique repensée autour de la proximité.


Nordhavn, Copenhague

Alors que Paris montre ce qu’il faut pour réaménager une métropole, Nordhavn montre à quoi ressemble la création d’un quartier de proximité dès le premier jour. 3,6 millions de m² d’ancien port industriel, conçus comme une « ville des cinq minutes » : des lieux de vie quotidiens accessibles en quelques minutes à pied depuis chaque logement. Commerces, écoles, lieux de travail, espaces verts et front de mer s’intègrent tous dans un même tissu urbain. Le premier quartier danois certifié DGNB Platine. 40 000 habitants. 40 000 emplois.


Comment les quatre se rejoignent

Il ne s'agit pas de quatre produits sur un menu. Il s'agit d'un système unique.

La structure détermine où la vie peut s’épanouir. L’architecture détermine s’il vaut la peine d’y être. La mobilité détermine jusqu’où s’étend votre univers. La proximité détermine à quel point vos déplacements quotidiens peuvent être réduits. Chacune de ces composantes est valable en soi. Ensemble, elles donnent naissance à quelque chose que le XXe siècle considérait comme impossible : un lieu qui accueille davantage de personnes tout en paraissant plus vert, plus ouvert et plus connecté qu’auparavant.

On nous a appris que plus de monde rimait avec plus d’encombrement, que la croissance et la qualité de vie s’opposaient. Ce n’est pas une fatalité. Grâce à des bâtiments régénératifs, à des rues rendues aux habitants, à des commerces de proximité accessibles à pied et à des liaisons rapides qui relient Lugano à Zurich en quelques minutes, une région peut accueillir davantage d’habitants tout en réduisant l’empreinte écologique par personne et en améliorant la qualité de vie.

Une Suisse qui s'apprête à franchir la barre des dix millions d'habitants représente une opportunité en matière d'aménagement, et non une menace. Si elle est gérée comme un étalement urbain, la croissance détériore le paysage et la qualité de vie auxquelles le pays tient tant. Si elle est envisagée comme un développement urbain tourné vers l'avenir, cette même croissance permet de créer des espaces de vie où notre bien-être ne dépend plus de notre densité de peuplement.

C'est là le changement qu'il convient de souligner : passer de la planification de zones à la conception d'espaces de vie pour l'avenir.

Chez TND Universe, Future Urban Development réunit l'aménagement du territoire, l'architecture durable, la mobilité du futur et le concept de la « ville des 15 minutes » au sein d'une approche unique en matière de conseil et d'investissement. Nous travaillons avec des propriétaires, des investisseurs et des entreprises qui s'implantent sur le marché suisse.

De Lugano à Zurich en quelques minutes. Tout ce dont vous avez besoin à moins de cinq minutes à pied. Un bâtiment qui produit plus d'énergie qu'il n'en consomme. Les décisions prises aujourd'hui façonneront ces lieux pour les cinquante prochaines années. La seule question est de savoir qui sera présent lors de leur adoption.